Le Granvillais, amputé, s'est vu refuser l'accès au brevet de patron pêcheur
Un normand de 18 ans s'est vu refuser, pour des raisons médicales, l'accès à l'examen de patron à la petite navigations. Amputé d'une jambe, il a pourtant montré une ténacité à vouloir continuer sa carrière qui force l'admiration. La pétition qui se remplit sur le port de Granville en témoigne.
Article d'Isabelle BORDES paru dans l'édition locale de Ouest France le 22 avril 2005
| GRANVILLE - C'est un garçon qui n'a qu'un rêve : naviguer. A 14 ans, il entre à l'école de pêche de Saint-Malo. Puis, son CAP en poche, Jimmy Hersent commence sa carrière de marin sur le Monaco du Nord II, le chalutier de son père, Michel Hersent à Granville. On est en juin 2003. Mais le 17 janvier 2004, c'est la catastrophe. Il est victime d'un accident de moto. Il sera amputé de sa jambe gauche. "Dans la salle de réanimation, il avait dit "Je retournerai sur le bateau de mon père" ! se souvient Anne Marie, sa père. Quatorze opérations plus tard, il entame une formation de quatre mois pour passer le brevet de patron pêcheur. | |
"Sa sécurité et celle de son équipage"Le 14 avril, quand une jeune homme arrive devant la salle d'examen, l'accès lui en est refusé. Deux semaines plus tôt, en effet, la médecine des gens de mer l'a radié : "Inapte définitif à la navigation." Les 19 autres candidats, solidaires, bloquent la session d'examen. Eux savent qu'avec sa prothèse portée à mi-cuisse, Jimmy fait les manoeuvres comme les autres, sur le bateau école. Ce jeudi-là, à Cherbourg, Jimmy a fini par faire entendre raison à ses camarades, de son sourire large et timide. Et il attendu seul dans le couloir. Dès le lendemain, sur le port de Granville, on parle de lancer une pétition pour "ce gamin qui a çà dans le sang". Ce ne sont pas les soutiens qui lui manquent. Plusieurs médecins ont appuyé ce "volontaire qui a parfaitement su maîtriser son handicap physique". Lui refuser de partir en mer "serait lui ajouter un handicap moral". Une ergothérapeute, qui a visité le chalutier paternel, l'a jugé "adapté à Jimmy pour un poste de patron de pêche." Son professeur du lycée maritime a salué l'élève "sérieux et très motivé", à qui le brevet offrait un "éventail de possibilités professionnelles". Jusqu'au banquier qui a assuré que le prêt consenti à son père et qui prévoit la reprise de l'armement par le fils, n'est aucunement remis en cause par l'accident ... Mais, à Nantes, la commission médicale régionale d'aptitude, sollicitée en appel, a confirmé l'inaptitude physique prononcée par celle du Havre. Le médecin chef, Philippe Breuille, présidait la commission. "La gravité de sa situation et sa détermination à 18 ans, nous ont perturbés. Et, compte tenu de son excellente intégration dans le milieu, nous nous sommes posés beaucoup de questions, convient-il. Mais en le déclarant apte, nous aurions pris des risques pour sa sécurité et celle de son équipage. Enfin, l'arrêté de 1986, qui permet certaines dérogations, est, hélas, très clair pour les amputations" A Granville, es professionnels sont choqués. "On lui a interdit l'examen alors qu'il a suivi toute la formation pour laquelle il avait été déclaré apte, d'ailleurs", observe le président du comité local des pêches, Christian Gautier. "De la graine de patron"Franck Leverrier, capitaine du Coelacanthe, le plus gros chalutier du port, avait pris Jimmy comme stagiaire : "A 15 ans, un jeune qui observe comme cela, on sait qu'il ne restera pas longtemps sur le pont, qu'il montera sur la passerelle. C'est de la graine de patron !" Il poursuit: "En plus, ici, il y a moi qui ai une cheville atrophiée, un autre a le bras quasi paralysé, encore un autre a les vertèbres en vrac, et çà ne nous empêche pas d'être tous patrons !" Pas question, non plus, de nier les difficultés du métier et les risques. Michel Hersent en convient : "On lui aurait imposé des visites tous les six mois, j'aurais compris, lui aussi d'ailleurs. Il se doute bien, en me voyant, sur mes deux jambes et déjà fatigué à 47 ans ... On parle d'intégrer les handicapés ; en fait, on préfère les assister. Quand je pense qu'à Granville, on a eu Pléville Le Pelley, un corsaire, un ministre de la Marine même, qui avait une jambe de bois !" | |






























